Les management fees font partie du quotidien de la plupart des groupes structurés : les fonctions support sont centralisées au siège, les coûts sont refacturés aux filiales, une convention encadre le tout. (Si ce n’est pas encore votre cas, appelez-nous avant de lire la suite.)

En pratique, c’est rarement le principe de la refacturation qui pose problème lors d’un contrôle, c’est sa solidité. Voici ce qu’un vérificateur va examiner, et où les groupes sont le plus souvent pris en défaut.

Première question : le service a-t-il vraiment été rendu, et à qui profite-t-il ?

Avant même d’aborder le prix, l’administration cherche à établir que chaque service refacturé apporte un avantage économique ou commercial identifiable à la filiale qui le paie. C’est le test du bénéfice ou benefit test posé par les Principes OCDE (Principes OCDE applicables en matière de prix de transfert, édition 2022).

La question de référence est simple : une société indépendante, placée dans la même situation, aurait-elle accepté de payer pour ce service ? Si la réponse est non, le service ne devrait pas être facturé ou du moins pas à cette filiale.

En pratique, deux cas concentrent l’essentiel des difficultés.

  • Les services imposés sans besoin réel. Une filiale qui reçoit une prestation qu’elle n’a pas demandée et dont elle n’a pas l’utilité (parce qu’elle dispose déjà de la compétence en interne, ou parce que la prestation ne correspond pas à son activité) ne devrait pas en supporter le coût. C’est un terrain de redressement fréquent, notamment lorsqu’une politique de refacturation est appliquée uniformément à toutes les entités du groupe sans analyse de la pertinence pour chacune.
  • Les services doublon. Si une filiale rémunère déjà localement une fonction identique à celle que le siège prétend lui rendre, la refacturation est difficile à justifier. Le vérificateur cherchera des preuves de redondance.

Pour établir la réalité du service, il faut pouvoir produire des éléments concrets : livrables, échanges, comptes-rendus d’intervention, temps passé. Une convention bien rédigée ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée de preuves d’exécution.

Deuxième question : avez-vous bien constitué votre base de coûts ?

La méthode la plus utilisée pour tarifer les management fees est le coût majoré (ou Cost Plus) : on identifie les coûts supportés par le siège pour rendre le service et on applique une marge. La constitution de cette base s’analyse sous deux angles.

Du côté du prestataire, la base doit refléter le coût complet de production du service. Cela inclut les coûts directs – charges de personnel des équipes qui rendent le service, outils et licences dédiés, frais de déplacement le cas échéant – mais aussi une quote-part de coûts indirects : loyers, charges de structure, fonctions support transversales. Exclure les coûts indirects sous-évalue la base et expose à un redressement. À l’inverse, y inclure des coûts d’actionnaire – frais liés à la gouvernance du groupe, à la structure de holding, au reporting consolidé vers les investisseurs – est une erreur symétrique : ces dépenses sont engagées dans l’intérêt du groupe en tant que tel et ne constituent pas un service rendu aux filiales. Ils doivent être identifiés et exclus avant application de la marge.

Du côté du preneur, la question renvoie au test du bénéfice évoqué plus haut : les services dont la filiale a supporté le coût lui ont-ils effectivement apporté quelque chose ? Tout ce qui ne passe pas ce test doit être sorti de la base facturable.

Troisième question : votre marge est-elle justifiée ?

Pour les services dits à faible valeur ajoutée, les Principes OCDE prévoient une approche simplifiée permettant d’appliquer une marge bénéficiaire de 5 % sur les coûts éligibles. Ces dispositions, admises par l’administration fiscale française, permettent d’appliquer une marge présumée de pleine concurrence sans avoir à réaliser d’analyse économique spécifique pour justifier ce niveau de marge.

Encore faut-il que les services en question entrent effectivement dans cette catégorie. Les services à faible valeur ajoutée sont définis comme des services de soutien qui ne font pas partie du cœur de métier du groupe, ne génèrent pas d’actifs incorporels significatifs, ne requièrent pas l’utilisation d’actifs incorporels uniques et de valeur, et n’exposent pas le prestataire à des risques significatifs. Les Principes OCDE citent notamment les services RH, comptables, juridiques, informatiques courants, ou encore le support en communication.

En pratique, beaucoup de groupes appliquent la marge de 5 % à l’ensemble de leurs prestations de services supports – par simplicité. C’est souvent une erreur. Certains services entrent parfaitement dans la définition (support juridique, finance, paie). D’autres, en revanche, s’en écartent : conseil stratégique, développement commercial, mise à disposition de savoir-faire spécifique au secteur. Ces derniers devraient être couverts par une analyse économique spécifique, avec un niveau de marge ad hoc. Mélanger les deux dans une base unique à 5 % expose à un redressement sur les services hors champ.

Quatrième question : comment avez-vous réparti les coûts entre filiales ?

C’est sans doute le point le plus sous-estimé dans les dossiers. La clé de répartition n’est pas un paramètre technique secondaire, c’est un élément central de la justification du prix.

Le principe de départ est l’allocation directe. Chaque fois qu’il est possible d’identifier la ou les filiales bénéficiaires d’un service et de leur en attribuer le coût directement, c’est cette approche qui doit être retenue. Elle est plus robuste et plus facilement défendable car elle reflète la réalité économique de la prestation.

L’allocation indirecte n’intervient qu’en second lieu, lorsqu’une allocation directe n’est pas praticable, parce que le service bénéficie à l’ensemble du groupe de façon diffuse, ou parce que les coûts ne peuvent pas être rattachés à des bénéficiaires identifiés. Dans ce cas, on recourt à une clé de répartition (chiffre d’affaires, effectifs, actifs, selon la nature du service).

Les deux approches peuvent coexister dans une même convention : allocation directe sur certaines catégories, allocation indirecte sur d’autres. C’est ce qu’on appelle l’allocation mixte, et c’est souvent la solution la plus fidèle à la réalité.

En pratique, beaucoup de groupes partent d’emblée sur de l’indirect parce que c’est plus simple à administrer. Ils s’exposent ainsi à des contestations sur des services qu’ils auraient tout à fait pu allouer directement, et perdent une opportunité de renforcer leur position.

La clé retenue doit être documentée, cohérente avec la nature du service, et appliquée de façon stable dans le temps. Une clé qui change d’un exercice à l’autre sans justification explicite est un signal d’alerte immédiat pour le vérificateur.

Ce qu’il faut avoir préparé pour vos management fees

Un groupe qui facture des management fees à ses filiales devrait, sans attendre un contrôle, pouvoir produire les éléments suivants.

  • Une convention à jour : Pas seulement signée – tenue à jour. Une convention rédigée il y a dix ans qui ne couvre pas les entités entrées dans le groupe depuis, ne reflète plus les services réellement rendus ou ne mentionne pas les évolutions de périmètre est, en l’état, difficile à défendre.
  • Des preuves d’exécution : La convention établit un cadre ; elle ne prouve pas que les services ont été rendus. Ce sont les livrables, les échanges, les comptes-rendus d’intervention, le temps passé qui le prouvent. Les équipes opérationnelles n’ont généralement pas ce réflexe – c’est pourtant ce que l’inspecteur demandera en premier.
  • Une analyse documentée de la base de coûts : Coûts directs et indirects identifiés, coûts d’actionnaire exclus et documentés comme tels, ventilation par catégorie de service.
  • Une justification de la marge : Services relevant de l’approche simplifiée à 5 % d’un côté, services hors champ avec leur propre analyse économique de l’autre. Le mélange des deux dans une base unique est l’un des points de fragilité les plus fréquents.
  • Une documentation des allocations : La clé retenue pour chaque catégorie de service, la justification du choix entre allocation directe et indirecte, et les montants qui en résultent pour chaque filiale. Sans cela, le vérificateur ne peut pas reconstituer le raisonnement – et il ne cherchera pas à le faire à votre place.
  • Une documentation prix de transfert formelle : si le groupe est dans le champ de l’article L. 13 AA du LPF – soit un chiffre d’affaires annuel hors taxes ou un actif brut supérieur ou égal à 150 millions d’euros (seuil applicable depuis le 1er janvier 2024, loi de finances pour 2024, art. 116). Elle doit couvrir explicitement les flux de management fees et être fournie à l’administration sur demande dans un délai de trente jours prorogeable.

Ces vérifications peuvent et devraient être conduites de manière préventive. C’est là qu’elles ont le plus de valeur : non pas pour gérer une situation dégradée, mais pour éviter qu’elle ne se produise.

Sources : Principes OCDE applicables en matière de prix de transfert à l’intention des entreprises multinationales et des administrations fiscales, édition 2022, chapitre VII ; article 57 du CGI ; article L. 13 AA du LPF ; article 1735 ter du CGI ; BOI-BIC-BASE-80-10-40.

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